Les vagues de ses longs cheveux châtains ondoyaient jusqu'à ses talons.

Haydée créait autour d'elle une atmosphère de vie. L'air était plus léger, éclairé par ses yeux suaves et purs. En sa présence, on sentait pouvoir s'agenouiller sans idolâtrie.

Juan portait un châle noir et or, un turban roulé en plis gracieux ceignait sa tête; une aigrette d'émeraude entremêlée des cheveux d'Haydée surmontait un croissant mobile qui jetait une lumière resplendissante.

Leur cour les divertissait: c'étaient des nains, des eunuques noirs, des jeunes danseuses demi-nues et un certain poète. Ce dernier, payé pour satiriser ou aduler, jouissait de quelque célébrité. Caméléon fieffé, il était, en compagnie, un drôle assez agréable.


Quand tout ce monde eut été congédié, Haydée et Juan se retrouvèrent seuls en la douce société de leurs cœurs.

Être seuls, pour eux, c'était un autre éden. Ils ne s'ennuyaient que lorsqu'ils n'étaient point ensemble. Chacun d'eux était le miroir de l'autre.

Ils étaient encore enfants, et enfants ils auraient toujours été. Ils n'étaient pas faits pour remplir un rôle agité sur l'ennuyeuse scène du monde réel, mais comme deux êtres nés du même ruisseau, la nymphe et son bien-aimé, pour passer, invisibles, leur vie charmante dans les eaux et parmi les fleurs, sans connaître jamais le poids des heures humaines...

Plusieurs lunes s'étaient succédé et avaient retrouvé ces mêmes amants dont elles avaient éclairé les premières joies. Cet écueil de l'amour, la possession, était pour eux un charme qui ajoutait chaque jour à leur tendresse... Aimer était leur nature et leur destinée.

Ce soir-là, pendant qu'ils considéraient le crépuscule, un tremblement leur vint et traversa la félicité de leur cœur... Un secret pressentiment les saisit tous deux... Les grands yeux noirs et prophétiques d'Haydée semblèrent se dilater et suivre le départ du soleil lointain, comme si son disque allait emporter dans sa fuite leur dernier jour de bonheur... Juan regardait Haydée comme pour l'interroger sur le destin...