Baba regarda Juan et lui dit:
«Ayez la bonté de vous habiller.»
En même temps il lui montrait un délicieux costume féminin, costume qu'une princesse eût peut-être été charmée de revêtir, mais Juan, qui ne se sentait pas en veine de mascarade, repoussa ces oripeaux du bout de son pied de chrétien.
«Mon vieux monsieur, répondit-il au nègre, je ne suis pas une dame.
—J'ignore ce que vous êtes et ne me soucie pas de le savoir, reprit Baba, mais veuillez faire ce que je vous prescris. Si vous vous avisez d'insister sur votre sexe, j'appellerai des gens qui auront vite fait de ne vous en laisser aucun!»
Juan soupira et, tout en soupirant, passa un pantalon de soie couleur de chair; puis on lui attacha une ceinture virginale recouvrant une fine chemise aussi blanche que du lait. Il trébucha dans son jupon, mais tant bien que mal passa ses deux bras dans les manches d'une robe.
Sur l'invitation de Baba il avait peigné sa tête et l'avait parfumée d'huile. On la couvrit de fausses tresses entremêlées de bijoux selon la mode. Sa toilette fut complétée par quelques coups de ciseaux, du fard et des frisures.
Baba frappa dans ses mains, et quatre noirs se présentèrent.
«Vous, monsieur, dit Baba au compagnon de Don Juan, vous allez accompagner ces messieurs à table, et vous, la digne nonne chrétienne, vous allez me suivre. Pas de plaisanteries, s'il vous plaît. Croyez-vous être dans la tanière d'un lion? Vous êtes dans un palais où le vrai sage peut prendre un avant-goût du paradis du Prophète.