—Je veux bien vous suivre, dit Juan, mais j'aurais bientôt rompu le charme si quelqu'un s'avisait de me prendre pour ce que je parais. J'espère, dans l'intérêt de vos gens, que ce déguisement ne donnera lieu à aucune méprise.

—Adieu, dit à Juan son compagnon. Nous voici transformés, moi en musulman, vous en jeune fille, par la puissance de ce vieux magicien nègre. Conservez votre honneur intact, bien qu'Ève elle-même ait succombé.

—Soyez tranquille, le Sultan lui-même ne m'enlèvera pas, à moins que Sa Hautesse ne promette de m'épouser. Bon appétit!»

Ainsi ils se séparèrent, et chacun sortit par une porte différente. Baba conduisit Juan de chambre en chambre, jusqu'à ce qu'ils fussent en face d'un portail gigantesque qui élevait de loin, dans l'ombre, sa masse hardie et colossale. L'air était embaumé de parfums délicieux. On eût dit qu'ils approchaient d'un lieu saint, car tout était vaste, calme, odorant et divin.


Deux nains firent pivoter la vaste porte. Au moment d'entrer, Baba crut pouvoir donner encore à Juan quelques légers avis:

«Si vous pouviez modifier un peu cette démarche mâle et majestueuse, vous feriez tout aussi bien. Balancez-vous légèrement. Enfin tâchez de prendre un air un peu modeste. Les yeux des muets sont ici comme des aiguilles et peuvent pénétrer à travers ces jupons. Le Bosphore profond n'est pas loin; que si votre déguisement venait à être découvert, nous pourrions bien, vous et moi, avant le lever de l'aurore, effectuer le voyage de la mer de Marmara sans bateau et cousus dans des sacs... Ce mode de navigation se pratique fort couramment par ici...»

Sur cet encouragement il introduisit Don Juan dans une pièce plus magnifique encore que la dernière. C'était une confusion d'or et de pierreries.


Dans ce salon impérial, à quelque distance, à demi couchée sous un dais, avec l'assurance d'une reine, reposait une femme. Baba s'arrêta et s'agenouilla devant elle, tout en invitant Juan à en faire autant.