Le cérémonial accompli, elle se leva, de l'air de Vénus sortant des flots. Son regard éclipsait l'éclat de toutes les pierreries. Elle fit signe de son bras nu à Baba d'approcher et s'entretint quelques instants avec lui, montrant Juan.
C'était une femme altière et magnifique qui pouvait être dans sa vingt-sixième année.
Elle adressa quelques mots à ses suivantes, qui formaient un chœur de dix à douze jeunes filles, toutes vêtues de la même manière que Juan.
Les charmantes nymphes firent leur révérence et s'éloignèrent.
Alors Baba fit signe à Juan d'approcher et lui ordonna pour la deuxième fois de se mettre à genoux et de baiser le pied de la dame. À cet ordre, Juan se leva de toute sa hauteur et déclara qu'il était fâché, mais qu'il ne baiserait jamais d'autre chaussure que celle du pape!
Baba lui fit, mais en vain, de vertes remontrances. Il se laissa même aller à de claires allusions au fatal lacet. Mais Don Juan n'était pas homme à s'humilier.
Voyant qu'il était inutile d'insister, Baba lui proposa de baiser la main de ta dame.
Quoique de mauvaise grâce, Juan accepta ce compromis diplomatique. Et jamais cependant sa lèvre ne s'était posée sur des doigts mieux nés ou plus beaux.
La dame, ayant longuement considéré Juan de la tête aux pieds, intima à Baba l'ordre de se retirer, ordre que le nègre exécuta à la perfection. Il était homme habitué à battre en retraite, à comprendre à demi-mot. Il souffla à Juan de ne rien craindre, lui jeta un sourire et prit congé d'un air satisfait comme s'il venait d'accomplir une bonne action.