—Entre vous et vos rêves, répliqua la matrone, je craindrais que Juana n'eût pas le plaisir d'en faire. Vous, Lolah, vous continuerez à dormir seule pour raisons à moi connues; vous de même, Katinkah, jusqu'à nouvel ordre. Je placerai Juana avec Dondon, qui est une fille tranquille, inoffensive, silencieuse, modeste, et qui ne passera pas la nuit à remuer et à babiller. Qu'en dites-vous, mon enfant?»

Dondon ne dit rien, car ses qualités étaient de l'espèce la plus silencieuse.

Mais elle se leva, baisa la matrone au front, Lolah et Kalinkah sur les joues, puis elle prit Juana par la main pour la conduire au dortoir, laissant ses deux compagnes à leur dépit.


Dondon donna à Juana un chaste baiser. Elle aimait beaucoup à donner des baisers. Entre femmes cela n'engage à rien.

Puis elle se déshabilla, ce qui fut bientôt fait, car elle était vêtue sans art, comme une enfant de la nature. Un à un tombèrent tous ses légers vêtements.

Ce ne fut pas sans avoir offert son aide à Juana, qui refusa par un excès de modestie. Mais la nouvelle odalisque paya cher cette politesse, car elle se piqua avec ces maudites épingles inventées sans doute pour les péchés des hommes et qui font d'une femme une sorte de porc-épic.


Un silence profond régnait dans le dortoir; les lampes placées à distance l'une de l'autre jetaient une lumière incertaine. Le sommeil planait sur les formes charmantes de toutes ces jeunes beautés.

L'une, avec sa chevelure châtain nouée négligemment et son beau front doucement incliné, sommeillait, la respiration calme, et ses lèvres entr'ouvertes laissaient voir un double rang de perles.