Une autre, au milieu d'un rêve brûlant et délicieux, appuyait sur un bras d'albâtre sa joue vivement colorée. Les boucles luxuriantes de sa belle chevelure étaient épaisses sur son front. Elle souriait à son rêve, découvrant ses jolis seins fermes, son petit ventre poli, ses jambes blanches et pleines... On eût dit que ses charmes divins profitaient de l'heure discrète de la nuit pour se montrer timidement à la lumière.

Une troisième semblait l'image de la Douleur endormie; on voyait au soulèvement de sa poitrine qu'elle rêvait d'un rivage adoré, d'une patrie absente... Des larmes sillonnaient la noire frange de ses yeux, comme des gouttes de rosée brillent sur les rameaux d'un cyprès.

Une quatrième, nue, immobile et silencieuse, dormait d'un sommeil profond... Blanche, froide et pure, elle semblait une statue de femme sculptée sur une tombe.


Soudain, à l'heure où la lumière des lampes commençait à devenir bleuâtre et vacillante, à l'heure où les fantômes se jouent dans la salle, Dondon poussa un cri.

Un cri si aigu qu'il éveilla tout le dortoir en sursaut... De tous les points de la salle, matrone, vierges et celles qui n'étaient ni l'une ni l'autre accoururent en foule... Inquiètes, elles se poussaient toutes tremblantes...

Les minces draperies flottaient sur leurs seins nus, leurs bras graciles, leurs fines jambes. Elles s'informèrent avidement de l'effroi de Dondon, qui paraissait en effet fort émue et agitée, les joues rouges, le regard dilaté.

Ce qui est surprenant et prouve qu'un bon sommeil est vraiment une chose salutaire, Juana dormait profondément. Jamais époux ne ronfla d'aussi bon cœur auprès de celle qui lui est unie par les liens sacrés du mariage. Les clameurs même ne réussirent point à la tirer de cet état fortuné. Il fallut l'éveiller, et elle ouvrit de grands yeux et bâilla d'un air modeste et surpris.

Dondon eut beaucoup de peine à s'expliquer. Elle dit que, dormant d'un profond sommeil, elle avait rêvé qu'elle se promenait dans une «forêt obscure». Cette forêt était pleine de fruits agréables, d'arbres à vastes racines et à végétation vigoureuse.

Au milieu croissait une pomme d'or d'une énorme grosseur... mais à une hauteur trop grande pour qu'on pût la cueillir... Elle la contemplait d'un œil avide, puis se mit à jeter des pierres pour faire tomber ce fruit qui continuait méchamment à adhérer à son rameau... Mais il se balançait toujours à ses yeux, à une hauteur désespérante.