Il devint peu à peu un Russe très policé. La faveur de l'Impératrice était agréable et, bien que la tâche fût un peu rude, un jeune homme tel que Don Juan s'en tirait avec honneur.
Il vivait dans un tourbillon de prodigalités, de tumulte, de splendeur, de pompe chatoyante, courtisé des uns et des autres.
Il écrivit alors en Espagne. Tous ses proches parents, voyant qu'il était en voie de succès, lui répondirent le même jour. Plusieurs se préparèrent à émigrer et, tout en dégustant des sorbets, on les entendit déclarer qu'avec l'addition d'une légère pelisse le climat de Madrid et celui de Moscou étaient absolument les mêmes.
Sa mère, Doña Inez, lui écrivit une lettre pleine de recommandations précautionneuses. Elle l'avertissait de se tenir en garde contre le culte grec, qui devait paraître singulier à des yeux catholiques; mais en même temps lui disait d'étouffer toute manifestation extérieure de répugnance, cela pouvant être mal vu à l'étranger. Elle l'informait qu'il avait un petit frère, né d'un second lit. Elle louait encore et surtout l'amour maternel de l'Impératrice.
Cependant, l'aimable Juan éprouvait parfois ce qu'éprouvent d'autres plantes appelées sensitives, que trouble le toucher. Peut-être, sous un ciel rigoureux, sentait-il le besoin d'un climat où la Néva n'attendît pas le premier mai pour dissoudre sa glace. Peut-être ses devoirs lui pesaient-ils. Peut-être, dans les bras de la royauté, soupirait-il après la beauté.
Il tomba malade. L'impératrice prit alarme, les médecins prescrivirent des médications compliquées.
Certains chuchotèrent que Juan avait été empoisonné par Potemkine.
Juan se rétablit cependant, mais les hommes de science déclarèrent qu'il devait faire un voyage.
Le climat était trop froid pour que cet enfant du Midi pût y fleurir, disaient-ils. Catherine, d'abord, goûta peu l'idée de perdre son mignon, mais quand elle le vit si abattu, elle résolut de l'envoyer en mission.