Il y avait alors, au sujet d'un traité, des négociations engagées entre les cabinets anglais et russe. C'était à propos de la navigation de la Baltique, des fourrures, des huiles de baleine et du suif.
Juan fut chargé de propositions confidentielles. Il quitta la Russie comblé de présents et d'honneurs.
Catherine se consola du départ de Juan. Les soupirants à sa couche étaient nombreux. Elle demeura vide un jour ou deux, le temps de faire un choix.
Dans son excellente calèche, Don Juan emporta un bouledogue, un bouvreuil et une hermine, ses animaux favoris. Jamais vierge de soixante ans ne montra plus de passion que lui pour les chats et les oiseaux, et cependant il n'était ni vieux ni vierge.
À côté de Juan était assise la petite Leïlah qu'il avait arrachée au sabre des Cosaques dans l'immense carnage d'Ismaïlia.
Pauvre enfant! elle était aussi belle que docile. Don Juan l'aimait, et il en était aimé comme n'aima jamais frère, père, sœur ou fille. Il n'était pas tout à fait assez vieux pour éprouver le sentiment paternel; et cette autre classe d'affection que l'on nomme tendresse fraternelle ne pouvait pas non plus émouvoir son cœur, car il n'avait jamais eu de sœur.
Encore moins était-ce un amour sensuel. Il n'était pas de ces vieux débauchés qui recherchent le fruit vert pour fouetter le sang engourdi de leurs veines. Il y avait au fond de tous ses sentiments le platonisme le plus pur, mais il lui arrivait de les oublier.
La petite Turque refusait obstinément de se convertir. Elle ne montrait aucun goût pour la confession et persistait à croire que Mahomet était prophète.
Ils traversèrent la Pologne, puis la Courlande, la vieille Prusse. Ils s'arrêtèrent à Berlin, à Dresde, à Cologne, cette ville qui présente les ossements de onze mille vierges, le plus grand nombre que la chair ait jamais connu.