Auprès des romanesques anglaises, il se trouva tout de suite à la mode.
Don Juan fut présenté; son costume et sa bonne mine excitèrent l'admiration générale. On remarqua beaucoup un diamant colossal dont Catherine, dans un moment d'ivresse, lui avait fait cadeau. À dire vrai, il l'avait bien gagné.
En le voyant, les vierges rougirent, les joues des dames mariées se couvrirent aussi d'incarnat. Les filles admirèrent sa mise, les pieuses mères demandèrent quel était son revenu et s'il avait des frères.
Juan consacrait ses matinées aux affaires; ses après-midi se passaient en visites, en collations, à flâner, à boxer. Le soir, la toilette, le dîner et les réceptions.
Quant à Leïlah, avec ses yeux orientaux, son caractère asiatique et taciturne, elle devint une sorte de mystère fashionable.
On pensa qu'une jeune enfant, si remplie de grâces, belle comme son pays natal, serait beaucoup plus convenablement élevée sous les yeux de pairesses ayant passé le temps des folies.
Seize douairières, dix sages femelles célibataires, deux ou trois épouses dolentes, séparées de leurs maris sans qu'un seul fruit parât leurs rameaux desséchés, demandèrent à former la jeune Turque et à la produire. C'est là le mot consacré pour exprimer la première rougeur d'une vierge à un raout où elle vient étaler ses perfections.
Lors donc qu'il vit tant de dames vénérables solliciter l'honneur d'apprivoiser sa petite sauvage d'Asie, ayant consulté la Société pour la suppression du vice, il fit choix de Lady Pinchbeck.
Elle était vieille, mais avait été fort jolie. Elle était vertueuse et l'avait toujours été—du moins je le crois. Le fantôme de la médisance avait en tout cas cessé de rôder autour d'elle. Elle n'était plus citée que pour son amabilité et son esprit...