À l'heure de minuit, quand se lève le vent, on entend gémir, à travers les ruines, un son étrange et surnaturel, mais harmonieux, un son qui traverse l'arceau colossal, s'élevant, s'abaissant, mourant tour à tour. Les uns pensent que c'est l'écho lointain de la cataracte de la rivière, apporté par la brise nocturne; d'autres croient qu'un être inconnu, enfant de la tombe et des ruines, fait ainsi entendre sa voix magique.
L'intérieur du château se perdait en longues salles, en longues galeries, en chambres spacieuses... Sur les murs, dans des tableaux assez bien conservés, brillaient des barons bardés de fer, des comtes parés de soie et portant l'ordre de la Jarretière... On y remarquait aussi maintes ladies Mary à longue chevelure blonde, des comtesses en robe de cour et quelques autres beautés drapées de manière plus libre. On y voyait aussi des juges, des évêques, des procureurs, des généraux...
L'automne arriva et avec lui les hôtes attendus. Les blés sont coupés, le gibier abonde... Les lords et ladies accoururent pour la chasse. Il y avait la duchesse de Fitz-Fulke, la comtesse de la Moue, lady Sotte, lady Affairée, miss Bonbassin, miss Ducorset, mistress Raby, la femme du riche banquier, et mistress Dusommeil, vraie brebis noire qu'on eût prise pour un blanc agneau.
Vint aussi Desparoles, spadassin légal qui n'accepte pour champ de bataille que le barreau et le sénat; le jeune poète Ecorche-Oreilles, dont l'étoile commençait à poindre; lord Pyrrho, penseur fameux, sir John Boirude, puissant buveur.
Visitèrent encore le château: le duc des Grands-Airs et les six misses Dufront, charmantes personnes, tout gosier et sentiment; quatre honorables misters dont l'honneur était plus devant le nom qu'après; le preux chevalier de la Ruse, amuseur venu de France, dont les dés subissaient eux-mêmes le charme; le révérend Rodomart Précision qui haïssait le pécheur plus que le péché.
C'était un échiquier de bonne compagnie. Un échantillon de chaque classe est préférable à un insipide tête-à-tête entre gens du même milieu.
Les jeunes gens se levaient le matin pour aller à la chasse, à l'affût ou à cheval; les vieillards parcouraient la bibliothèque, flânaient dans les jardins; les jolies femmes se promenaient à pied ou à cheval; laides, elles lisaient ou contaient des histoires, discutant de modes et chapeaux.
Quelques-unes avaient des amants absents, toutes avaient des amis. Elles rédigeaient de longues correspondances. Les missives féminines sont pleines de mystères.