La duchesse de Fitz-Fulke, qui aimait la tracasserie, commença à lui faire quelques agaceries.

C'était une belle blonde dans la maturité, séduisante, distinguée, et qui, pendant plusieurs hivers, avait déjà brillé dans le grand monde. Mieux vaut taire ce qu'on rapportait de ses exploits, car ce serait un sujet chatouilleux. Elle avait en dernier lieu jeté le grappin sur Lord Augustus Fitz-Plantagenet.

Les traits de ce noble personnage se rembrunirent un peu quand il vit ce nouvel acte de coquetterie, mais les amants doivent tolérer ces petites licences: ce sont privilèges de la corporation féminine. Dans le cercle, on chuchotait, on décochait des traits malins. Personne, du reste, ne prononça le nom du duc. On aurait pu croire, cependant, qu'il dût être pour quelque chose dans l'affaire. Il est vrai que, toujours absent, il passait pour s'inquiéter fort peu de ce que faisait sa femme.

La duchesse Adeline commença à regarder comme un peu libre la conduite de son invitée... Elle se sentait doucement émue de pitié pour la jeunesse et la probable inexpérience de Don Juan. Il n'était à la vérité plus jeune qu'elle que de six semaines.

À seize ans, Adeline avait été produite dans le monde; présentée, exaltée, elle mit le trouble dans le cœur des hommes; à dix-sept, elle enchanta le monde comme une nouvelle Vénus sortant de son océan; à dix-huit, elle avait consenti à créer cet autre Adam appelé «le plus heureux des hommes».

Trois hivers elle avait rayonné, brillante, admirée, adorée, mais en même temps si sage qu'elle avait mis en défaut la médisance la plus subtile: dans ce marbre modèle on ne pouvait découvrir la plus petite tare. Elle avait aussi, depuis son mariage, trouvé un moment pour faire un héritier et une fausse couche.


Dans l'intention charitable d'éviter un éclat, Lady Adeline, dès qu'elle vit que, selon les probabilités, Don Juan ne résisterait pas, résolut de prendre elle-même des mesures. Que deviendrait le pauvre enfant entre les mains de l'enchanteresse? Sa Grâce Lady de Fitz-Fulke passait pour intrigante et quelque peu méchante dans la sphère amoureuse. C'était un de ces jolis et précieux fléaux qui poursuivent sans cesse un amant de leurs caprices, qui, chaque jour de l'année, créent un sujet de querelle quand elles n'en ont pas, le fascinent, le torturent et ne veulent sous aucun prétexte le laisser partir.

C'était une femme à tourner la tête d'un jeune homme, à faire de lui un Werther en fin de compte. Comment dès lors s'étonner qu'une âme plus pure redoutât pour un ami une liaison de cette sorte?

Dans l'effusion de son cœur, qui se croyait étranger à tout artifice, Lady Adeline prit son mari à part et l'engagea à donner des conseils à Juan. Lord Henry se prit à sourire de la simplicité de sa femme et de son ardeur à détourner le jeune homme des pièges de la sirène. Il se prit à sourire et lui fit une réponse d'homme d'État.