La voix d'Adeline expira. Il y eut un moment de silence, puis l'auditoire se confondit en admiration et remerciements.

Cette ballade eut pour effet de rappeler Don Juan à lui-même. Il se permit même, sur le chapitre, de lancer maintes saillies.

La journée se passa aux habituelles occupations. Mais au dîner, donné à quelques électeurs influents, il semblait à nouveau distrait, étranger à ce qui se passait. Il oubliait de manger, puis se servit de turbot avec une notoire indiscrétion.


Les yeux d'Aurora étaient fixés sur les siens, et il y avait sur les traits de la jeune fille comme un sourire. Mais dans ce sourire il n'y avait rien qui éveillât ni l'espérance, ni l'amour... C'était un calme sourire de contemplation, empreint d'une certaine expression de surprise et de pitié...

Juan rougit de dépit, ce qui était peu spirituel. Aurora détourna les yeux, palissant légèrement...

Adeline surveillait tout, avec l'affabilité d'une maîtresse de maison dont le mari doit bientôt affronter les élections. Un instant Juan se demanda s'il y avait en elle quelque chose de réel, mais non, elle jouait un rôle.

La belle Fitz-Fulke semblait fort à son aise. Ses yeux riants saisissaient d'un regard les ridicules. C'était sa charitable occupation.

Cependant le repas s'écoula. Le café fut servi, puis on annonça les voitures. Les invités de la soirée disparurent un à un après force révérences à la maîtresse de maison.

Après leur départ on se répandit en saillies sur leur compte. Seul Don Juan demeurait silencieux. Mais il était heureux de voir qu'Aurora, par toute son attitude, approuvait son silence... La jeune fille avait rénové en lui des sentiments perdus ou émoussés...