Quand vint l'heure de minuit, Juan se retira dans son appartement, autant pour s'y livrer à la tristesse que pour dormir. Au lieu de pavots, les saules se balançaient sur sa couche. Il se mit à rêver...

La nuit ressemblait à celle de la veille. Il s'était déshabillé, n'ayant gardé que sa robe de chambre. Redoutant la visite du spectre, il s'assit, l'âme embarrassée, dans l'attente de nouvelles apparitions.

Il prêta l'oreille, et ce ne fut pas en vain:

«Chut! Qu'est ceci? Je vois... Mais non... Pourtant... Puissances célestes! c'est... bah! le chat! Le diable emporte son pas furtif, semblable à la démarche légère d'un esprit ou à celle d'une miss amoureuse s'avançant sur la pointe des pieds à son premier rendez-vous et...

«Encore! Qu'est-ce? Le vent? Non, non, cette fois c'est bien le moine noir avec sa marche régulière...»

Au milieu des ombres d'une nuit sublime, tandis que tous dorment profondément, alors que les ténèbres étoilées entourent le monde comme une ceinture parsemée de pierreries, voilà que la présence du moine vient encore glacer le sang dans ses veines.

Il entendit d'abord un bruit semblable au grincement d'un doigt humide sur un verre, puis un léger résonnement, comme une ondée fouettée par le vent la nuit...

Ses yeux étaient-ils bien ouverts? Oui, et son oreille aussi. De plus en plus s'approchait le bruit redoutable... La porte s'ouvrit.

Elle s'ouvrit avec un craquement infernal, comme la porte de l'enfer. «Lasciate ogni speranza, voi che entrate!» Elle s'ouvrit dans toute sa largeur, non rapidement, mais avec la lenteur du vol des mouettes, puis elle revint sur elle-même, sans toutefois se refermer... Elle demeura entrouverte, laissant passage à de grandes ombres que faisaient jouer les flambeaux de Juan, et parmi ces ombres se tenait debout le moine noir dans son lugubre capuchon.