Et, en effet, la frêle batiste de Doña Teresa venait de choir. Maladresse? Calcul? Juan se précipita pour le ramasser et sur la pointe de son épée le tendit à la jeune fille.
«Grand merci, Seigneur, dit-elle... Mais ne vous ai-je point aperçu ce soir sous le porche de l'église San-Pedro?»
Décidément tout se passait comme il convient.
«Hélas! répondit d'une voix doucereuse Juan, je fus en effet ce soir à l'église San-Pedro, et dès cet instant j'ai perdu le repos...
—Et comment?
—Parce que je vous ai vue!»
Une conversation si bien entamée ne s'arrêta pas là. Jusqu'à l'heure du retour au logis du seigneur d'Ojedo, les deux galants soupirèrent à leurs belles des paroles d'amour. Le premier effort fait, Juan s'était découvert une merveilleuse et naturelle habileté sur ce sujet. Ah! que valaient les propos vides de la vie courante, les discussions oiseuses, à côté d'un si charmant duo galant! Il s'en fut dans la nuit, le cœur grisé de ses propres paroles, plein de son premier amour...