Nous nous concertâmes et reconnûmes qu'il valait mieux, pour lui aussi bien que pour nous, qu'il fût masqué. Je lui attachai sur le visage un mouchoir auquel je fis des trous à la place des yeux, et le sacripant commença son ouvrage.
Il frappa dans les mains du jeune homme. Notre appareil fonctionnait et enregistrait cette scène lugubre.
L'assassin, de la pointe de son poignard, piqua sa victime au bras. Le jeune homme bondit sur ses pieds et sauta avec une force décuplée par l'effroi sur le dos de son agresseur. Il y eut une courte lutte. La jeune femme revint aussi de son évanouissement et se précipita au secours de son ami. Mais elle tomba la première, frappée au cœur d'un coup de poignard. Puis ce fut le tour du jeune homme. Il s'affaissa, la gorge coupée. L'assassin fit bien les choses. Son mouchoir n'avait pas été dérangé pendant cette lutte. Il le conserva tant que notre appareil fonctionna:
—Êtes-vous contents, messieurs, nous demanda-t-il, et puis-je maintenant faire ma toilette?
Nous le félicitâmes, il se lava les mains, se recoiffa, se brossa.
Ensuite, l'appareil s'arrêta.
L'assassin attendit que nous eussions fait disparaître les traces de notre passage, à cause de la police qui ne manquerait pas de venir le lendemain. Nous sortîmes tous ensemble. L'assassin prit congé de nous en homme du monde. Il retournait en toute hâte à son cercle, car, point de doute qu'il ne gagnât le soir même, après une pareille aventure, des sommes fabuleuses. Nous saluâmes ce joueur, en le remerciant, et fûmes nous coucher.
Nous avions notre crime sensationnel.
Il fit un bruit énorme. Les victimes étaient la femme du ministre d'un petit État des Balkans et son amant, fils du prétendant à la couronne d'une principauté de l'Allemagne du Nord.