—Quoi! c'est vous? m'écriai-je très étonné, et me rappelant soudain l'histoire du cigare.

Mais, je dois avouer qu'il ne me serait jamais venu à l'idée que le Roméo havanais et sa Juliette pussent être des nègres.

Don José Hurtado y Barral reprit avec courtoisie:

—C'est moi.

Et me présentant sa compagne il ajouta:

—Voici ma femme. Elle l'est devenue grâce à votre obligeance, car des parents impitoyables l'avaient enfermée dans un couvent, où les nonnes, tout le jour, fabriquent des cigares destinés exclusivement à la cour pontificale et à celle d'Angleterre.

Je n'en revenais pas. Hurtado y Barral continua:

—Nous appartenons tous deux à de riches familles noires. Il y en a un certain nombre à Cuba. Mais, le croiriez-vous, le préjugé de la couleur existe aussi bien chez les nègres que chez les blancs.

Les parents de ma Dolorès voulaient à tout prix qu'elle épousât un blanc. Ils souhaitaient surtout pour gendre un Yankee, et, désolés de la résolution bien arrêtée qu'elle avait de m'épouser, ils la firent enfermer dans le plus grand secret au couvent de la Merced.

Ne sachant comment retrouver Dolorès, j'étais désespéré et prêt à me tuer, lorsque la lettre que vous avez eu la bonté de jeter à la poste me rendit le courage. J'enlevai ma fiancée, et depuis elle est devenue ma femme...