—Très grave, Monseigneur, répéta le prêtre français, tandis qu'apercevant quelques taches de bougie sur sa soutane, il s'efforçait de les gratter.

Le prélat gémit:

—Que peut-il encore y avoir? Nous avons déjà assez d'ennuis avec votre loi sur la séparation et les divagations de ce chanoine Bierbaum, de Landshut, en Bavière, qui ne cesse d'écrire contre l'Infaillibilité...

—L'imprudent! interrompit l'abbé Delhonneau.

Mgr Porporelli se mordit les lèvres. Dans sa jeunesse, alors qu'il n'était qu'un prêtre mondain de Florence, il avait combattu l'Infaillibilité, mais il s'était incliné ensuite devant le dogme.

—Vous aurez audience demain, signor abbé, dit-il, vous connaissez le cérémonial?

Il tendit la main; le prêtre s'inclina, y appliqua un baiser sonore, et se retira, marchant à reculons jusqu'à la porte où il s'inclina une seconde fois, tandis que le cardinal, d'un air las, le bénissait de la main droite, pendant que de la gauche il tâtait des pêches dans la corbeille.


Lorsque le lendemain l'abbé Delhonneau fut introduit chez le pape, il se jeta à genoux et baisa la mule du blanc Pontife, puis s'étant relevé délibérément, il le pria en latin de l'entendre seul, comme en confession. Et quelle condescendance! Le Saint-Père accueillit cette requête osée.

Lorsqu'ils furent seuls, l'abbé Delhonneau se mit à parler lentement. Il s'efforçait de prononcer le latin à l'italienne, mais les gallicismes abondaient dans son langage de séminaire; de plus, l'u français y revenait souvent, incompréhensible pour le pape qui interrompait l'orateur et se faisait répéter ce qu'il ne comprenait point.