—Mara, la fille du vieux Tenso.
Mara passa sa jolie tête brune et peureuse entre ses défenseurs en disant:
—Omer, je ne te veux pas de mal. Tu as assez longtemps chanté sous mes fenêtres, en toute saison. Mais je n'ai jamais répondu. Tu sais de belles chansons, mais je ne veux pas me marier avec toi.
La troupe des danseurs de kolo cria:
—Adieu, Omer! et se mit alors en marche vers le village.
Les otmikari ne s'opposèrent pas à cette retraite. Mais les tziganes, sur la route, ayant commencé l'air des Litanies de Marco, les ravisseurs psalmodièrent pour insulte à la belle Mara, ce chant misogyne:
Marco, des femmes délivre-nous.
Marco, de ces vipères délivre-nous,
Marco, de ces putains délivre-nous,
Marco, de ces charognes délivre-nous,
Marco, de ces traîtresses délivre-nous...
Ensuite Omer se tourna rageur vers ses compagnons:
—Dire que j'étais si empressé auprès d'elle! L'année dernière, elle se laissait faire encore. Après le kolo, elle acceptait les gurabié mielleux, les tartes aux prunes, les alvé de froment, saindoux et miel que je lui apportais. Mais depuis, elle a été à la ville. Elle y a vu des Italiens, des Juifs, des Turcs, des Viennois, qui sait? et peut-être de ces Grecs que je déteste et que je ne peux voir sans leur montrer les cinq doigts de la main droite en disant: «Pendé!», ce qui est la plus grave injure qu'on leur puisse faire!
Un des Otmikari répondit: