—Si elle connaît la ville, elle ne sera pas facile à prendre. De plus, son père a aussi des idées de la ville. Il en est venu à mépriser les institutions séculaires de notre race et il sera dans le cas de se plaindre. L'otmika traditionnelle est sévèrement punie quand il y a plainte, et il ferait ramener sa fille chez lui par les gendarmes.
Les tziganes s'étaient approchés et tendaient leurs mains ouvertes. Ils étaient beaux, mais sales et sournois. Omer leur jeta quelques pièces. L'un d'eux dit en ricanant:
—Les jours les plus heureux pour l'homme sont celui où il se marie et celui où sa femme crève.
Une vieille tzigane à face desséchée avait tiré de sa poche une longue chevelure noire, coupée par surprise à quelque misérable gardeuse d'oies, endormie dans une prairie. Avec un vieux peigne cassé elle peignait cette chevelure triste comme une relique de morte, en marmonnant inintelligiblement. Elle releva la tête, et, regardant fixement Omer, elle lui dit en chevrotant:
—Pourquoi ne fais-tu pas l'otmika sur une fille d'un village voisin, comme cela se pratique ordinairement? Si tu veux, je t'en volerai une dont les cheveux seront plus beaux que ceux que je tiens.
Mais Omer répondit:
—Un héros ne vole pas, il ravit. Je veux Mara.
La vieille continua:
—Si tu me donnes bien de l'argent, je ravirai pour toi Mara. Car tu n'es pas rusé, mais je suis fine comme les aiguilles de sapin, moi.
Omer réfléchit, puis consentit le prix voulu par la vieille, lui donna des arrhes et s'en alla avec ses compagnons, tandis qu'en signe de joie pour l'aubaine, les tziganes, au son d'une guitare, dansaient la khaliandra, sautant et se battant les semelles sur les fesses, en se tenant d'une main par l'oreille et de l'autre par l'organe génital.