Le lendemain, Omer ne se montra pas dans le village. Il passa sa journée à coudre et à broder, accroupi à la turque. Dans les rues les gens parlaient de l'otmika et beaucoup désapprouvaient Omer d'avoir interrompu le kolo. Bandi, le marchand de cochons, annonçait qu'il ferait désormais dix lieues, quand il aurait besoin d'un tailleur, plutôt que d'avoir affaire à Omer. Le vieux et riche Tenso, veuf pour la seconde fois, avait paru un instant dans la rue et avait juré qu'Omer n'aurait pas sa fille, qu'elle ne quittait plus la maison et qu'il était décidé à recourir à la gendarmerie en cas de violence. Le soir, le vieux curé entra dans la maison de Tenso. Lorsqu'il en sortit, au bout d'une heure, ceux qui le virent assurèrent qu'il avait l'air fort agité, et qu'il avait répondu d'une voix brisée par les sanglots refoulés à ceux qui lui avaient parlé.


Le surlendemain, vers deux heures, le village était presque désert, comme il l'est toujours pendant l'après-midi. Le vieux Tenso, dans sa chambre, souffrait d'une rage aux dents. Mara, dans la cuisine, surveillait la cuisson du remède infaillible contre le mal de dents: des figues bouillies dans du lait. À ce moment, on frappa à la porte de la maison. Mara regarda par la fenêtre et vit une vieille tzigane qui cria:

Frajle! Frajle![1]

[ [1] Mademoiselle.

Mara descendit ouvrir et la vieille lui dit:

—N'as-tu pas besoin de mes services, la belle!

—D'où viens-tu? demanda Mara.

—De Bohême, le pays merveilleux où l'on doit passer mais non séjourner, sous peine d'y demeurer envoûté, ensorcelé, incanté.