—Mais... le péché... un rapt dans l'église... pendant la messe...

—À ta place, Omer, je commettrais ce péché. Sois héroïque, mais demande pardon à Dieu, avant et après. Moi, je t'absoudrai quand tu viendras te confesser.

Omer parut hésiter:

—Mais... les gendarmes.

—Sois héroïque, Omer, le ciel ne t'abandonnera pas. Moi, je te bénis.

Il le bénit en souriant et disparut derrière la porte du presbytère. Omer fixa un instant le sol, se gratta la tête, fit un grand signe de croix et revint dans son atelier. Le soir tombait. Plus tôt que de coutume, il alluma la lampe. Il tira des ballots d'étoffes et coupa deux vêtements, l'un d'homme, l'autre de femme. Puis, avant de s'accroupir pour coudre, il se signa et murmura:

—Notre Père, qui êtes aux Cieux, que votre règne arrive, que l'otmika réussisse...


Le dimanche suivant fut un beau jour sans nuages. Sur la place de l'église s'était installé un de ces hommes qui promènent des phonographes de village en village. Il avait placé, pour donner l'exemple, deux des tubes de son appareil à ses oreilles, et invitait les passants à en faire autant, moyennant dix kreutzer. Des enfants, rangés autour, le regardaient. Des hommes, groupés plus loin, parlaient de la partie de quilles de la veille. Quelques femmes babillaient en tricotant. L'une d'elles, vieille, édentée, qu'on appelait Croix de Hongrie parce qu'elle était penchée comme la croix qui termine la couronne figurée sur les monnaies hongroises, déclara:

—Omer aura Mara, allez! qu'un homme vienne à aimer une femme, il n'y a rien à faire; il l'aura, et il faudra qu'elle l'aime.