À ce moment, la cloche sonna pour la messe, et, sur la place, parut Mara donnant le bras au vieux Tenso. Près d'eux marchaient Bandi, le meneur de porcs, fier et digne, et le joli garçon qui avait interpellé Omer sur le pré. Ils entrèrent dans l'église qui s'emplit bientôt de tous les habitants du village, endimanchés. Selon la coutume, les hommes se placèrent d'un côté de la nef, les femmes de l'autre. Omer était venu aussi avec ses compagnons. Mara l'aperçut au fond de l'église et remarqua qu'il était richement vêtu. Puis, elle le vit sortir avec ses amis. L'office commença.
À l'évangile, tout le monde se dressa. Tout à coup, la petite porte près de laquelle était placée Mara s'ouvrit pour laisser passer Omer qui saisit la jeune fille à bras-le-corps, la souleva et s'enfuit en un clin d'œil. Les femmes poussèrent des cris et se sauvèrent du côté des hommes où des jurons tonnaient formidablement. Le vieux Tenso, plusieurs jeunes gens, dont Bandi, se précipitèrent vers la sortie pour rattraper les ravisseurs. Mais le vieux prêtre, à l'autel, s'était tourné. Il cria:
—Arrêtez-vous, païens! arrêtez-vous.
À la voix de leur pasteur, les hommes s'arrêtèrent, interdits. Seul, le vieux Tenso sortit. Le prêtre continua:
—Quoi! païens! voudriez-vous manquer la messe parce qu'un garçon enlève une fille qu'il veut épouser?
Il y eut des murmures. Le prêtre reprit plus fort:
—L'otmika n'est-elle pas une de nos coutumes?
Il y eut alors des exclamations approbatives, et tous reprirent leurs places tandis que le vieux prêtre parlait:
—Ferez-vous votre salut en poursuivant les otmikari, ou en assistant à la messe? Omer et ses amis manquent la messe, c'est affaire à leur âme. Mais, vous autres, voudriez-vous que votre pasteur n'achève la cérémonie que devant des femmes? Pécheurs, Satan a trouvé cette nouvelle ruse pour vous induire en péché mortel! Je ne ferai pas d'autre sermon aujourd'hui. Ayez confiance en Dieu et repentez-vous. C'est la grâce que je vous souhaite.
—Amen! répondit d'une voix cassée la vieille Croix de Hongrie.