Or, Ilse avait un cousin qui étudiait à Heidelberg. Il s'appelait Egon. Il était grand, blond, large d'épaules et rêveur. Les jeunes gens se virent à Dresde pendant des vacances et s'aimèrent. Ils se le dirent devant le tableau de Raphaël, l'admirable Madone Sixtine, dont Ilse avait un peu les traits d'angélique douceur.
Egon demanda la main d'Ilse, mais, naturellement, le père exigea fortune et position. Et, retourné à Heidelberg, pendant les loisirs que lui laissaient ses études et les duels de la Hirschgasse, le jeune homme s'en allait du côté du château, dans l'Allée des Philosophes, rêver aux moyens de conquérir la fortune qui devait lui donner sa cousine.
Un dimanche de janvier, comme il était allé au sermon, le pasteur parla des sages d'Orient qui vinrent visiter Jésus dans sa crèche. Il cita le verset de l'Évangile de saint Mathieu, où il n'est rien dit quant au nombre et quant à la condition des pieux personnages qui portèrent à Jésus l'or, l'encens, la myrrhe.
Les jours suivants, Egon ne put s'empêcher de penser à ces sages d'Orient, que, bien que protestant, il se figurait, selon la légende catholique, couronnés et au nombre de trois: Gaspard, Balthasar et Melchior. Les Rois Mages, le nègre au milieu, défilaient devant lui. Il se les figura portant tous trois de l'or. Quelques jours plus tard, il ne les vit plus que sous les traits et le costume de nécromants alchimistes transmuant tout en or sur leur passage.
Toute cette fantasmagorie ne lui était suscitée que parce qu'il aimait l'or qui lui permettrait d'épouser sa cousine. Il en perdit le boire et le manger, comme si, nouveau Midas, il n'eût plus eu pour aliments que les lingots transmués par les astrologues, dont la cathédrale de Cologne s'honore de posséder les ossements.
Il fouilla les bibliothèques, lisant tout ce où il était question des Trois Rois Mages: le vénérable Bède, les légendes anciennes et tous les auteurs modernes qui ont discuté l'authenticité des Évangiles. Puis, en marchant, il roulait des pensées dorées:
—Quelle valeur inestimable doit avoir ce trésor d'or fin! Il n'est écrit nulle part que ce trésor ait été distribué, employé, dépensé, dérobé ou trouvé...
Enfin, un soir, il s'avoua qu'il voulait le trésor des Rois Mages. Outre le bonheur amoureux, cette trouvaille lui donnerait une gloire incontestable.