À la suite de cette lettre, Ilse commença de dépérir rapidement. Ses joues s'émacièrent, ses lèvres pâlirent, ses yeux prirent plus d'éclat. Elle cessa tous travaux de ménage ou d'aiguille. Elle passait tout son temps au piano ou rêvait. Puis, vers le milieu de février, elle dut s'aliter.
À la même époque, une nouvelle émut tous les habitants de Hildesheim. Le rosier millénaire, témoin miraculeux de la fondation de la ville, se mourait de froid et de vieillesse. Derrière la cathédrale, dans le cimetière clos où il grimpe, son bois antique se desséchait. Tout le monde se désola. La municipalité eut recours aux jardiniers les plus habiles. Tous se déclaraient impuissants à le faire revivre. Enfin, il en vint un, de Hanovre, qui entreprit la cure. Il mit en œuvre les ressources les plus savantes de son art. Et, un matin de commencement de mars, ce fut une grande joie dans Hildesheim. Tout le monde s'abordait en sa félicitant:
—Le rosier est ressuscité. Le jardinier de Hanovre lui a rendu la vie au moyen de sang de bœuf savamment employé.
Ce même matin, les parents d'Ilse pleuraient auprès du cercueil de leur fille morte par amour. Quand on emporta la bière couverte d'un drap blanc, les bonshommes découpés et peints, qui, couverts de neige, grelottaient sur la façade de la vieille maison, semblaient sangloter:
—Ringel, Ringel, Reihe. Adieu, Ilse, pour toujours. Adieu, tes péchés vertueux et tes vertus moins belles que toi. Adieu, pour toujours.
Devant le convoi, un régiment passa. Les tambours et les fifres sonnaient une musique légère et triste. Des femmes disaient, en s'inclinant:
—On a ressuscité le rosier légendaire, mais l'on enterre la Rose de Hildesheim.