Voilà donc une loi; c'est un rapport nécessaire; elle est générale au point de vue circulatoire; en effet, quelles que soient les conditions où se fait le tirage, ce tirage nécessite un effort, une dépense dont la mesure est en raison directe du poids mort.
C'est en même temps une loi statique parce qu'elle nous montre les conditions du phénomène à l'état de repos et une loi abstraite, parce qu'elle est indépendante de la nature spéciale des objets circulants et des résistances qui font obstacle à leur déplacement.
Veut-on considérer le phénomène au point de vue dynamique et concret? Alors intervient l'état du véhicule et de la voie; celui-ci détermine le coefficient, c'est-à-dire le rapport entre l'effort de tirage et l'ensemble de la charge à déplacer, poids mort et poids utile. Ce coefficient augmente suivant les résistances que doit vaincre la roue, ou tout autre agent pour avancer.
Le transport d'un fardeau sur une voiture, sur le sol naturel exige un effort égal au quart ou au cinquième du poids total mis en mouvement. Cet effort constitue donc le rapport entre le poids total et le poids mort.
Sur une bonne route empierrée, ce rapport n'est plus que de 0,080 a 0,030.
Sur des madriers en chêne, ce rapport n'est plus que de 0,022.
Sur des rails, ce rapport n'est plus que de 0,005 à 0,003.
Sur des canaux, ce rapport n'est plus que de 0,030 à 0,001.[14]
Ces données qui sont des constatations acquises particulièrement par l'observation et l'expérimentation directes ainsi que par voie de comparaison, se rapportent aux phénomènes les plus simples de la circulation économique, à tel point qu'on peut les considérer comme de simples phénomènes mécaniques; ils suffisent déjà cependant pour nous montrer ce que c'est qu'une loi dynamique en général, et une loi dynamique concrète par opposition à cette même loi abstraite. En effet, l'exemple ci-dessus nous indique les variations que subit le phénomène, effort de tirage, suivant les variations des conditions où il se produit. Nous pouvons notamment en dégager la loi dynamique abstraite et progressive suivante: Le progrès dans la circulation s'opère dans le sens de la réduction du rapport entre le poids total et le poids mort, c'est-à-dire de l'effort de tirage.
Si maintenant, au lieu de formuler cette loi d'une façon abstraite, nous la formulons en spécifiant les corps particuliers qui sont les conditions déterminantes du phénomène: un fardeau d'une certaine espèce, une voiture d'un certain genre, une route ou des rails et des canaux, si en un mot nous incorporons les conditions du phénomène lui-même dans des objets spécifiés, la loi dégagée ne sera plus abstraite, mais concrète.