—Un espion?... répéta Nemona.

—Non, non, je ne suis ni guerrier, ni espion; ma voix n'est pas pour le sang, mais pour la paix.

—Où avez-vous été pris?

—Vos guerriers m'ont saisi dans le ravin, tout près de la rivière:

—Que faisiez-vous là...?

—J'étais en route pour venir vous proposer la paix.

Le visage du vieux chef s'illumina d'une satisfaction subite: celui de Wontum devint plus sombre que la nuit.

—Quelles conditions proposez-vous? demanda Nemona.

—Vous cesserez vos hostilités, vous relâcherez les prisonnières, vous livrerez Wontum au supplice, car c'est lui qui est le principal coupable.

—Oh! vous n'avez pas à me regarder si cruellement, vous! continua-t-il en s'adressant à ce dernier; je transmets mon message, le chef répondra ce qu'il voudra, je rapporterai fidèlement ses paroles.—Je pense maintenant, oui, je pense que trop de sang déjà a coulé; il en faut tarir la source. Vous me connaissez pour un homme de paix, Nemona, vous savez que si je vous donne un conseil, c'est pour votre bien. Croyez-moi, toute lutte avec les Blancs est impossible; ils sont plus nombreux que vous, ils ont de gros rifles qui sèment au loin la mort. Remettez-moi les captives; je m'en irai avec elles annoncer que le grand chef est un sage, un ami de la paix.