—Ah! c'est lui! c'est lui! poursuivit-elle en se tournant vers l'Ermite.
—Non, Topeka: je ne pense pas, dit le vieux John. Comme vous le voyez, le jour est venu, quelque soldat a pu s'approcher à portée de carabine et a tiré ce coup malheureux. Mais, laissez-moi voir si Nemona est mort ou seulement blessé.
Tout en parlant, l'Ermite s'était penché sur le chef: au bout d'un examen de quelques instants, il se releva en disant:
—Rassurez-vous, Topeka, sa blessure n'est nullement grave. La balle lui a effleuré la tempe, et a tracé sur la peau un léger sillon, sans atteindre le crâne. Il n'est qu'étourdi par le coup; dans peu d'instants il reprendra connaissance.
Sous la direction de Topeka, les Sauvages emportèrent leur chef dans une grotte reculée où il était à l'abri de la fusillade qui commençait à envoyer parmi les Pawnies une grêle de balles.
L'occasion était triomphante pour Wontum: il était débarrassé du chef, et, sûr de n'être point contredit, il pouvait mener au combat ses fidèles qui partageaient ses passions belliqueuses. Il était d'ailleurs convaincu de pouvoir résister pendant plusieurs heures, même aux plus rudes assauts. Il prit donc le commandement, plaça ses hommes aux postes les plus avantageux, et bientôt le pétillement de la fusillade, le grondement du canon, les sifflements de la mitraille ou des balles annoncèrent au loin que la bataille était chaudement engagée.
Des clameurs, tantôt inquiètes, tantôt victorieuses, indiquaient par instants les vicissitudes variables du combat. Peu à peu, les Sauvages se concentrèrent au point où étaient réunies les prisonnières et leur vieil ami; elles furent obligées de rentrer plus avant dans l'intérieur des grottes pour n'être pas atteintes par les balles.
Le vieil Ermite s'aperçut alors qu'il lui serait plus périlleux de retourner parmi les Blancs que de rester avec les Indiens; en effet, s'il échappait à la mousqueterie des troupes régulières, il pouvait craindre à coup sûr d'être fusillé par les Indiens furieux de le voir fuir. Il resta donc auprès de ses protégées. Là, au moins, il pouvait surveiller Wontum.
Il les conduisit dans la grotte où reposait Nemona. C'était leur plus sûr asile, à moins que Wontum, furieux d'une défaite, ne revint les massacrer tous pour assouvir ses dernières vengeances.
Mary Oakley et Manonie étaient dans un état d'angoisse terrible. Elles étaient à la fois si près et si loin de la liberté ou de la mort! Leur anxiété devenait si cruelle qu'elles se surprenaient à ne désirer qu'une chose... mourir avec leurs amis.