—Dans ce cas, vous pouvez désespérer de son sort pour le présent et pour l'avenir! Venez donc!

Et la vieille Indienne, tirant de force l'Ermite en arrière, le cacha dans l'ombre.

A cet instant Wontum arrivait avec plusieurs guerriers, hurlant et vociférant d'une manière furieuse. La malheureuse Manonie comprit aussitôt que c'était à elle qu'ils en voulaient; elle se blottit dans un recoin obscur. Mais ses efforts furent inutiles, on l'arracha violemment de sa retraite et on la traîna jusqu'au dehors, malgré ses cris et les appels désespérés qu'elle adressait à son mari.

Hélas! ce dernier combattait vaillamment pour lui apporter secours, mais il était trop loin encore pour lui venir en aide.

Elle crut bien entendre une fois sa voix vibrante, au milieu du tumulte; ce ne fut qu'un éclair, une sorte de vision fiévreuse qui disparut aussitôt.

—Mon enfant! mon enfant! rendez-moi mon petit Harry! criait-elle d'une voix navrante.

Mais le monstre cruel l'entraînait sans l'écouter.

—Oh! c'en est trop! oui, c'est trop de lâche cruauté! s'écria l'Ermite ne pouvant plus tenir à ce spectacle atroce.

Et il s'élança vers le ravisseur: il l'atteignit au moment où il venait de jeter sa victime en travers sur un cheval. Un coup terrible fût assené sur la tête du vieillard qui tomba à la renverse, inanimé, sur le sol.

—Je prévoyais bien ce qui devait arriver, cria Topeka en courant à son secours. Insensé vieillard! que pouvait-il faire contre la force?