Oakley parlait encore lorsque la détonation d'une carabine retentit; un soldat fut blessé: tout indiquait que les ennemis se tenaient sur leurs gardes.
Les pièces d'artillerie furent aussitôt mises en batterie et la canonnade commença.
L'obscurité du soir commençant à arriver, le feu se ralentit sensiblement et ne continua qu'à rares intervalles. C'était, du reste, plutôt une ruse pour occuper l'attention des Indiens qu'une attaque sérieuse; en effet, dès que le crépuscule fut sombre et avant le lever de la lune, cinquante hommes, sous le commandement d'un lieutenant, commencèrent à tourner la montagne en se dirigeant vers les sommets du défilé. Comme cette ascension devait avoir lieu par un sentier rude et escarpé, il avait été calculé qu'elle ne pourrait être accomplie que bien avant dans la nuit. Oakley fut joint comme guide à ce détachement.
L'artillerie était restée dans le bas, avec le nombre d'hommes strictement nécessaires pour le service des pièces. Les Indiens avaient une telle frayeur de ces «gros rifles,» que jamais ils ne se hasardaient à les approcher: un renfort pour les protéger devenait donc inutile.
Une autre portion des troupes mit pied à terre et laissa ses chevaux derrière un banc de rochers, sous la garde d'un piquet de cavaliers. Cinquante hommes se portèrent sur le flanc gauche: Marshall, avec cent hommes d'élite, gagna le flanc droit pour revenir au centre des cavernes.
Il était convenu que toutes les attaques commenceraient au point du jour.
Pendant la nuit on aperçut le bûcher allumé pour brûler Quindaro. Deux ou trois fois Marshall, guidé par cette lueur sinistre, fut sur le point de faire lancer dans cette direction des volées de mitraille; mais il n'en fit rien tant il craignait d'atteindre les prisonnières.
L'aurore parut enfin: les hommes de Marshall se tenaient prêts à agir cachés derrière les rochers. A ce moment un d'entre eux eut la malheureuse idée de tirer le coup de feu qui blessa le vieux chef Nemona. Sans cette fatale imprudence, le combat n'aurait peut-être pas eu lieu, et beaucoup de sang aurait été épargné.
Enfin l'assaut commença avec furie. Un instant, Marshall aperçut à l'entrée des cavernes sa femme et son petit Harry. A cette vue son cœur bondit comme s'il eût cherché à s'élancer hors de sa poitrine. Il reconnut successivement Mary Oakley, le Vieil Ermite. Tous ces malheureux étaient en position très-périlleuse, grandement exposés au feu des assaillants.
Marshall se sentit soulagé d'un poids énorme lorsqu'il vit le père John faire rentrer les captives sous la grotte; il commanda le feu avec une nouvelle énergie.