—Excusez-moi, vous même, sir: je ne suis pas accoutumé à m'entendre qualifier ainsi, je ne puis permettre cette licence à personne.
—Vous préférez agir à votre guise, je suppose?
—Non, sir! Lorsque je serai certain que nous sommes amis, je profiterai de vos avis. Mais je persiste à repousser la qualification dont vous venez de me gratifier.
—Eh bien! je vous demande pardon. Vous savez que la vieillesse a des priviléges.
—Vous parlez courtoisement, sir; je vous octroie un plein et entier pardon.
—Pourquoi êtes-vous venu seul? demanda le vieillard en interrogeant son visiteur du regard; il n'est sain pour personne de traverser cette vallée sans escorte, encore moins pour un cavalier bien monté et qui porte l'uniforme de l'armée des États-Unis.
—Je n'ai pas eu le choix de faire autrement. Permettez-moi une question, sir. N'est-ce pas vous qui êtes connu sous le nom de John l'ermite?
Le vieillard baissa la tête et demeura quelque temps silencieux. Pendant cet intervalle un frisson parut le faire tressaillir, sa poitrine comprima un soupir demi-étouffé.
Le jeune voyageur le regardait avec un intérêt sympathique, tout en se demandant quel terrible événement avait pu pousser cet homme à vivre dans cette obscure et triste solitude. Un moment il regretta ses dernières paroles, craignant qu'elles n'eussent ouvert involontairement quelque plaie mal cicatrisée dans l'âme du pauvre ermite.
Il avait beaucoup entendu parler de ce Vieux John: on le dépeignait comme un homme étrange, mais bon et pacifique. Les Sauvages en avaient une crainte superstitieuse: ils lui attribuaient une puissance surnaturelle, et n'approchaient jamais de sa cabane; ils n'osaient même s'aventurer sur la colline où elle était bâtie.