—Je ne pourrais vous dire.

—Les voici: le vénérable savant voyait arriver le terme de son existence si belle et si bien remplie. Un jour, par une fente de ses volets passa un rayon de soleil qui vint se jouer sur son lit. Il contempla pendant quelques instants cette gerbe lumineuse, puis il murmura avec une expression de joie: «Oh! que c'est beau! Dieu! que c'est beau!»—Il avait vu pareille chose dix mille fois en sa vie, mais jamais son admiration pieuse ne s'était lassée.—Excusez-moi, jeune homme, je me livre à des pensées rustiques et trop naïves pour un homme civilisé comme vous; et j'oublie de vous demander quel est le but de votre visite: car vous venez du Fort, je suppose?

—Je suis le lieutenant Henry Marshall.

—Ah oui! je me souviens de vous avoir vu passer dans la vallée, il y a une dizaine de jours; mais vous étiez si loin, qu'aujourd'hui je n'aurais pu vous reconnaître. Où sont vos hommes?

—Ils sont tous morts.

—Que me dites-vous là?

—Oui; nous avons été surpris par une troupe de Sauvages dans la Passe du Sud; moi seul ai pu m'échapper pour aller porter cette triste nouvelle au Fort. Une triste nouvelle, sir; en vérité, une triste nouvelle!

Et le jeune officier poussa un soupir en songeant à ses malheureux compagnons d'armes.

—A quelle tribu appartenaient les assaillants?

—Je ne sais pas; il me semble que c'étaient des Pawnies. Wontum, un de leurs chefs, a juré de me tuer, et d'enlever ma femme avec mon enfant; pourtant je ne l'ai pas aperçu parmi les Indiens; mais je suis convaincu qu'ils agissaient d'après ses ordres.