Les difficultés que Wontum avait rencontrées dans l'accomplissement de ses fureurs, au lieu de le décourager, avaient augmenté son exaltation; il avait tourné tous ses efforts vers une entreprise désespérée, et qui, à son avis, devait frapper Marshall au cœur: il s'agissait de lui enlever son jeune enfant.
Pour mieux préparer les événements au gré de ses désirs, Wontum se mit à semer entre les Blancs et les Indiens les germes d'une haine nouvelle, gonflée de tout l'ancien levain de leurs vieilles discordes: il eût même l'infernale précaution d'irriter entre elles les tribus Peaux-Rouges. Par ces moyens perfides il organisa les éléments d'une guerre générale.
Tous les jours se commettaient des meurtres, des vols, des atrocités de toute espèce dont il était le ténébreux auteur. Ensuite il pérorait contre les Visages-Pâles qu'il accusait de ces méfaits. Et cet état de choses devenait d'autant plus irritant que les victimes étaient toujours choisies parmi les Pawnies, ou dans quelque tribu amie du voisinage.
A la fin, le chef suprême, Nemona, poussé par tous ses guerriers exaspérés, décida qu'on commencerait les hostilités. Ce jour-là Wontum faillit mourir de joie: il déploya, à lui seul, plus d'ardeur que tous ses compagnons ensemble, et mérita de recevoir une part importante du commandement supérieur.
Les Sauvages prirent possession de Devil's Gate, s'y fortifièrent avec un art infini, et se lancèrent en expédition.
Leur première attaque tomba justement sur une caravane escortée par Henry Marshall: voyageurs et soldats furent massacrés; le lieutenant seul échappa d'une façon presque miraculeuse à ce désastre sanglant; nous l'avons vu arriver seul et désolé chez le vieil ermite.
Après ce premier succès, sans perdre un seul instant, Wontum descendit la rivière Platte par un mouvement rapide, et arriva sous les murs du Fort, bien longtemps avant que l'on y connût la fatale destinée de la caravane.
Le vindicatif Indien touchait à son but; il ne s'agissait plus que de tenter à propos quelque ruse audacieuse: en un tour de main Cœur-de-Panthère et son petit enfant pouvaient être enlevés.
Par une sombre nuit d'orage, il conduisit ses guerriers tout près des fortifications et les embusqua dans un petit bois extrêmement fourré. Puis il s'avança en éclaireur, seul, sans peinture ni vêtement de guerre.
On était loin de s'attendre à un péril semblable dans le Fort; plus loin encore de prévoir un assaut aussi proche. La vigilance des sentinelles s'était considérablement relâchée; on ne se croyait plus en danger.