Wontum n'eût aucune difficulté à se glisser jusqu'à l'intérieur des ouvrages avancés qui entouraient les fortifications: mais pour pénétrer plus avant dans la place se présentait un obstacle plus grave.
La présence d'un Indien à pareille heure (il était minuit passé), devait nécessairement exciter des soupçons, s'il venait à être aperçu: le risque était d'autant plus grand, qu'avec les bruits de guerre sauvage qui commençaient à circuler, Wontum avait toute chance d'être pris et passé par les armes dans la même minute, à titre d'espion ou de maraudeur nocturne.
Cependant le rusé coquin arriva sans mésaventure jusqu'à la porte du Fort. Elle était fermée et sa massive membrure de chêne opposait une barrière infranchissable. Devant était un factionnaire languissamment appuyé contre la muraille, son fusil à côté de lui.
—Voilà un homme qui serait bien facile à égorger, sans bruit et sans peine, pensa Wontum.
Tout en songeant ainsi, et cherchant le parti qu'il allait prendre, il caressait son couteau de la main; l'instinct farouche du meurtre lui montait au cœur, la sentinelle courait sans s'en douter un danger mortel.
Tout à coup la porte s'ouvrit avec un bruit sourd, un peloton de soldats apparût; on venait relever le factionnaire. Ce dernier, réveillé en sursaut, sauta sur son fusil et présenta les armes; puis, tous les militaires se groupèrent pour échanger la consigne et le mot d'ordre.
Le Pawnie profita de ce moment pour se glisser comme un serpent au travers du guichet béant devant lui. Un sentiment d'orgueil gonfla sa poitrine; il était au cœur de la place.
Mais là il se trouvait en pays inconnu, au milieu des plus épaisses ténèbres. Il était entré dans la citadelle une seule fois peut-être, et alors il n'avait pas songé à en connaître la topographie intérieure, jusque-là sans intérêt pour lui.
Or, ce n'était pas chose facile de cheminer dans ce dédale tout hérissé de périls et dans lequel il ne savait pas comment faire le premier pas.
Son ardeur de vengeance était telle qu'il s'arrêta à peine à réfléchir, et qu'il entendit d'une oreille impassible la porte énorme retomber dans son cadre de granit, fermant ainsi toute issue pour la retraite. Pendant quelques secondes le pas cadencé des soldats résonna dans l'esplanade, puis tout retomba dans un lugubre silence.