Cependant il avait songé aussi à attirer dans les bois la mère désolée, et s'était réservé l'espoir de s'en emparer aisément.
Ses espérances étaient dépassées. Le Fort allait tomber sous une nuée d'assaillants: l'heure du triomphe et de la vengeance était arrivée.
Un rayon de joie cruelle illumina son farouche visage lorsqu'il aperçut Manonie s'élançant des remparts et traversant la vallée avec la rapidité d'un oiseau. Sa proie courait vers lui!
Ce fut avec une orgueilleuse inquiétude—aussitôt dissipée—qu'il constata l'agilité de la jeune femme. Les trois années de civilisation qui venaient de s'écouler n'avaient point anéanti ses facultés sauvages: il retrouvait Cœur-de-Panthère, l'indomptable fille des bois que n'arrêtaient ni la montagne, ni le fleuve, ni la forêt.
Wontum s'arrêta, moitié pour l'attendre, moitié pour contempler la chute du Fort. Bientôt la mêlée se ralentit, l'incendie s'alluma, les soldats se dispersèrent, fuyant éperdus dans toutes les directions.
Laramie avait vécu!... Et Manonie approchait!
Le cœur du chef Pawnie se gonflait d'une joie farouche; ses yeux voyaient flotter dans l'air le spectre de la vengeance, ses oreilles entendaient les cris des victimes!...
Manonie arriva comme une flèche: le petit Harry était assis par terre à côté de l'Indien, pleurant et se désolant: lorsqu'il aperçut sa mère, il vola dans ses bras et se suspendit à son cou. Elle fit aussitôt volte-face et reprit le chemin du Fort, mais Wontum l'arrêta en lui disant:
—Que Cœur-de-Panthère prenne du repos.
—Pas auprès de vous, monstre infernal que vous êtes! s'écria-t-elle.