Bientôt reparut le vieil Ermite, et la route se continua sans autre incident. Arrives à la rivière Laramie, les trois voyageurs se procurèrent aisément un bateau, et, comme il s'agissait simplement de suivre le fil de l'eau, Marshall et le vieux John arrivèrent au Fort, ou plutôt à ses ruines, avant la tombée de la nuit. Oakley était resté en arrière pour conduire Dahlgren en côtoyant le fleuve: néanmoins il arriva avant que l'obscurité fût complète.

Les Sauvages avaient quitté les environs du fort; quelques soldats s'étaient groupés dans ce dernier refuge. Marshall obtint d'eux un récit confus de ce qui s'était passé; mais aucun détail ne pût lui être donné sur le sort de sa femme et de son enfant: on ne savait rien à leur égard.

Pour le père, pour l'époux, ce fut une vraie agonie de désespoir. L'incertitude, plus cruelle que la réalité, le mordait au cœur avec ses terribles appréhensions; l'image implacable du vindicatif Pawnie surgissait comme un fantôme menaçant, au milieu de ce tourbillon de pensées amères. Le malheureux lieutenant se laissa tomber sur le sol et y resta immobile dans un transport de douleur.

La main amie du vieux John le tira doucement de sa mortelle atonie:

—Du courage! dit-il; ne vous abandonnez pas à cet abattement stérile, indigne d'un homme de cœur! Il faut agir, maintenant, et non pleurer. Qui vous dit qu'elle n'est pas vivante et implorant votre secours. Voici l'heure de montrer du courage et de faire voir que vous savez vous dévouer pour elle.

A cet instant arriva un soldat qui pût fournir quelques détails sur ce qui s'était passé; il indiqua la route prise par Wontum lorsqu'il avait enlevé l'enfant, route suivie par la mère.

Marshall se disposait à se mettre aussitôt en chasse; mais le détachement de soldats lancés à la poursuite du ravisseur étant revenu après d'infructueuses recherches, le jeune lieutenant renvoya le départ au lendemain pour leur laisser le temps de prendre un peu de repos.

Oakley et le vieillard partirent sans attendre les soldats, aimant mieux agir seuls qu'avec des auxiliaires qu'ils considéraient comme nuisibles, ou au moins profondément inutiles.

CHAPITRE V
POURSUITE.—FUITE DU TIGRE.

Wontum ne s'était point attendu à être poursuivi de si près par la mère. Il avait supposé qu'un grand nombre de soldats quitteraient le Fort pour le rechercher, et qu'alors un assaut pourrait être donné avec toutes les chances possibles de succès.