Ce fut là une grande imprudence, car l'oreille exercée des Peaux-Rouges reconnut immédiatement la nature de l'arme, et en conclut que la petite caravane était de force minime. Aussitôt les Pawnies firent irruption avec d'affreux hurlements. Le lieutenant déchargea successivement les cinq coups de son arme impuissante; il ne réussit qu'à blesser trois Indiens. Quatre autres, sans blessures, s'élancèrent sur lui: ils savaient bien que ce n'était pas une fusillade de chasseurs, et méprisaient profondément les soldats réguliers.

Oakley épaula sa bonne carabine, l'Indien le plus proche tomba avec un hurlement de rage. Mais les trois survivants restaient intacts, leurs armes chargées: la partie était encore inégale et la position étrangement dangereuse. La grande difficulté était d'échapper à leur feu et de transformer la bataille en lutte corps à corps.

Au moment où Oakley se concertait à ce sujet avec Marshall, une clameur effrayante se fit entendre derrière les Sauvages; elle fut suivi d'un coup de feu. L'un des Pawnies tomba raide mort.

Les deux autres se retournèrent pour faire face au nouvel ennemi qui les prenait ainsi à l'improviste; mais, au même instant, la lourde crosse d'une carabine s'abattait avec une violence irrésistible sur la tête de l'un d'eux, et l'étendait par terre comme un bœuf assommé. Puis, avec la rapidité d'un Tigre, le nouveau venu enlaça dans ces bras le dernier sauvage, l'enleva comme un enfant et le brisa contre les rochers, sans qu'il eût pu pousser un cri.

—QUINDARO!! s'écria Oakley en reconnaissant le fantastique auxiliaire qui était survenu si à propos.

—Quindaro, à votre service.

Et sans dire un seul mot de plus, cet homme étrange se mit à remonter la montagne avec une agilité inouïe.

—Arrêtez-vous un moment! Quindaro! un seul instant! crièrent ensemble Oakley et Marshall.

—Non! j'ai autre chose à faire encore, répondit-il en disparaissant: nous nous rencontrerons plus tard.

Au bout d'une seconde le bruit de ses pas s'était évanoui.