Marshall fit un mouvement pour s'élancer dans la direction du coup de feu; John le retint en murmurant à son oreille.
—N'ayez pas peur; ils ne veulent pas blesser Dahlgren, car ils ambitionnent de s'en rendre maîtres pour leur propre usage. Silence! ne bougeons pas! et attendons les événements. Les Sauvages qui nous entourent sont nombreux, sans quoi ils ne se seraient pas hasardés à brûler de la poudre. C'est une ruse de leur part pour connaître nos forces. En attendant le jour, tout ce que nous pourrons faire de mieux c'est de nous tenir cachés et immobiles le plus longtemps que nous pourrons.
Le jeune officier, qui n'écoutait en ce moment qu'une imprudente bravoure, eût bien de la peine à suivre cet avis; pourtant il se résigna de son mieux et attendit sans faire un mouvement.
La nuit s'écoula avec lenteur. Durant cet intervalle deux ou trois tentatives furent faites pour s'emparer du cheval: mais le noble animal se défendit victorieusement. On entendit aussi, à plusieurs reprises, des chuchotements, des frôlements dans les buissons, des respirations comprimées. Tout cela ne fit pas sortir les voyageurs de leurs cachettes: le conseil du vieux John était excellent; Marshall ne pût s'empêcher de le reconnaître intérieurement.
Enfin les premières lueurs de l'aurore se montrèrent; mais on n'aperçut pas une créature humaine.
—Partons, dit Marshall, et continuons notre route.
—Pas maintenant! répliqua le vieillard; nous avons encore une rude besogne à faire. Les Sauvages sont cachés tout autour de nous derrière ces rochers; ils n'attendent que notre apparition pour nous cribler de balles.
—Que faire, alors? demanda le jeune officier.
—Il faut être plus rusés qu'eux. Vous allez rester ici en embuscade avec Oakley, pendant que j'irai faire une ronde dans les environs pour tâcher de découvrir quelque chose.—Oh! ne me regardez pas avec tant de surprise! Je ne suis pas si vieux et si cassé que je ne puisse encore escalader assez lestement les rochers et pratiquer les souplesses de la guerre indienne.
A ces mots, le vieillard prit sa carabine et se perdit dans les défilés de la montagne. Une heure se passa ainsi dans la plus fiévreuse attente; à la fin, des mouvements furtifs se firent entendre dans les ravins environnants, et successivement plusieurs têtes empanachées de sauvages se montrèrent par dessus les buissons. Enfin l'un d'eux se hasarda en pleine clairière. Marshall, tout bouillant d'ardeur, fit feu de son revolver.