Minuit approchait. Marshall avait déjà deux fois invité Oakley à lui céder son poste: mais celui-ci avait toujours obstinément refusé. Le vieillard semblait profondément endormi, quoiqu'il serrât dans une vigoureuse étreinte le canon de son long fusil.

Tout à coup le cheval bondit sur lui-même, coucha ses oreilles en arrière, s'élança en avant, les narines dilatées, et chargea furieusement un être caché dans un buisson voisin. L'aboiement d'un chien se fit entendre, en réponse; mais en même temps cet ennemi invisible prit la fuite.

Le cheval revint tranquillement à sa place.

Marshall et le vieux John s'étaient dressés avec la rapidité de l'éclair.

—Qu'est-ce que cela signifie? dit le vieillard.

—Qu'en sais-je? répondit Oakley; par le diable, mes pensées ne peuvent trouver le droit chemin.

—Mais enfin! que supposez-vous? demanda Marshall.

—Ma foi! Capitaine, je ne puis rien dire, si ce n'est que votre cheval vient de mettre en fuite un chien au lieu d'un Indien. Mais je flaire quelque chose... taisez-vous! à terre! couchez vous!

Et au même instant Oakley se jeta sur le sol.

Bien en arriva à ses deux compagnons d'avoir suivi son exemple; car un sillon de feu éclaira l'espace, et la détonation d'une carabine cingla l'air, à peu de distance.