Cet instinct extraordinaire est développé d'une façon surprenante chez les chevaux élevés dans le désert et accoutumés à la vie sauvage.
Lorsque Marshall remarqua l'inquiétude de son brave Dahlgren, il donna l'alarme.
—Quelqu'un s'approche de nous; dit-il.
—Les Sauvages? croyez-vous? répondit le vieux John.
—Je ne saurais dire si ce sont des amis ou des ennemis, mais je suis certain que quelqu'un se trouve dans notre voisinage.
Cependant le cheval parut se tranquilliser et même au bout de quelques instants il se coucha sur le sol gazonné.
Oakley persista à se déclarer fort peu rassuré. Il fit tout autour du campement une petite exploration; mais ses regards inquiets ne parvinrent pas à sonder l'obscurité.
Le vieillard et Marshall s'enveloppèrent de leurs couvertures, et, s'étendant par terre sans façon, ils parurent disposés à dormir. Ils avaient pris soin de choisir chacun un abri qui pût les mettre à couvert contre une attaque soudaine.
Mais le sommeil vint-il visiter leurs paupières....? Tous deux avaient le cœur gonflé d'émotions diverses bien capables d'éloigner le repos: Marshall était agité de projets ardents, de vives craintes pour sa femme et son enfant: le vieux John entendait gronder au fond de son âme les orages de la vie qui avaient creusé des sillons sur ses joues et blanchi sa longue chevelure.
Oakley était de faction. Il s'était abrité sous un gros arbre et prêtait au moindre bruit une attention silencieuse. Une fois ou deux il crut entendre un froissement dans les feuilles, un craquement parmi les rameaux desséchés. Toutes ces rumeurs furtives du désert, inintelligibles et inobservées pour le voyageur novice, sont un langage bien compris par le chasseur expérimenté.