Les Sauvages bondirent hors de leur retraite avec d'atroces hurlements, et engagèrent le combat: mais un feu de file foudroyant les accueillit d'une façon si terrible, qu'un tiers des Indiens tomba pour ne plus se relever.
Ils avaient affaire à environ cent dragons des États-Unis, bien montés, bien armés, munis chacun d'une carabine et d'une paire de pistolets.
En entendant le hennissement du cheval ils se doutèrent qu'il y avait là, près d'eux, quelque chose de suspect. Sans perdre une minute ils se formèrent en ligne, mirent en batterie deux pièces de six qui formaient leur artillerie de campagne, et firent feu, au jugé, dans les buissons pour en faire sortir les tigres à face humaine qui s'y cachaient.
Le chien que les dragons avaient envoyé en éclaireur était dressé à ce service: ce n'était pas la première fois que le fidèle et intelligent animal se signalait ainsi.
En se voyant assaillis par une nuée de Sauvages, les braves cavaliers furent surpris désagréablement; néanmoins ils ne se déconcertèrent pas et soutinrent intrépidement leur choc. Un second, puis un troisième feu de peloton fut tiré sans produire autant de ravages que le premier; cette fois c'était le tour des pistolets, beaucoup moins meurtriers que les carabines.
Heureusement le canon fonctionna de nouveau et décima les Sauvages. Pour eux, ces formidables détonations étaient la voix terrible d'un tonnerre auquel rien ne pouvait échapper.
Bientôt on en vint à une lutte corps à corps. Les Indiens combattirent avec une rage désespérée; mais ils ne purent tenir longtemps contre les flamboyants revers des grands sabres. D'ailleurs ils se sentaient tous découragés, n'ayant plus de chef: la voix de Wontum leur manquait, elle qui les avait si souvent excités au combat. Personne ne l'avait vu fuir, on le croyait mort dans la mêlée.
L'engagement ne fut pas long; en une demi-heure, cent cinquante Sauvages sur deux cents étaient tués ou grièvement blessés: le reste, épouvanté, prenait la fuite et disparaissait au travers des précipices.
Wontum n'avait pas été aperçu par les dragons: l'épaisseur du fourré avait dissimulé sa fuite. Il s'arrêta donc à bonne distance, et attendit tranquillement l'issue de la bataille. Sa fureur, lorsqu'il vit la déroute des siens, serait impossible à décrire: il s'adressa intérieurement les plus amers reproches d'avoir quitté furtivement le théâtre de la lutte; ses regrets étaient d'autant plus vifs que cette espèce de désertion n'avait point eu la crainte pour motif; la haine du chef Pawnie contre les blancs exaltait son courage jusqu'à la témérité. Mais sa passion de vengeance personnelle l'avait entraîné trop loin: pour s'assurer de Manonie et de son enfant il s'était sauvé comme un lâche!...
Ces réflexions orageuses faillirent devenir funestes au petit Harry; la main du Sauvage se leva pour le briser contre les rochers, et si la mère, prompte comme l'éclair, ne se fut interposée, le pauvre innocent était mort.