La jeune femme cherchait curieusement dans les environs, espérant découvrir l'auteur mystérieux de l'avis qu'elle avait reçu dans le cours de la nuit précédente. Tout à coup elle tressaillit; quelque chose venait de tomber à ses pieds: c'était un petit cailloux roulé dans un bout de papier. Elle le saisit avec l'avidité d'un naufragé qui se cramponne à une corde de salut; en même temps elle jeta un regard oblique du côté de Wontum pour savoir s'il s'était aperçu de quelque chose; ce dernier continuait à s'occuper du petit Harry; depuis quelques instants il ne prenait pas garde à ce que faisait Manonie.

Elle déplia le papier qui portait quelques lignes d'écriture, et lut avidement:

—Espérez! cette nuit vous serez libre. Votre mari est informé de votre situation, il fait tous ses efforts pour courir à votre aide. Je suis votre ami, je resterai auprès de vous.

Manonie leva les yeux; en face d'elle, à une trentaine de pas, elle distingua, dans l'ombre d'un arbre creux une paire d'yeux étincelants qui la regardaient d'une façon étrange. Au bout d'une seconde, un jeune homme de haute taille, sortant de sa cachette, se laissa voir un instant, appuya un doigt sur ses lèvres pour recommander le silence, et disparut comme un météore.

Manonie eut peine à retenir un cri de bonheur qui gonflait sa poitrine: son premier mouvement fut de s'élancer vers l'inconnu. Un instant de réflexion la calma: elle comprima son émotion, et revint à l'endroit où Wontum était assis avec le petit Harry. Toute tremblante, elle serra avec une sorte d'emportement maternel son cher enfant sur son sein, comme si elle eût voulu le disputer à l'univers entier. Wontum ne fit pas attention à cette exaltation fébrile qu'il considérait comme une infirmité féminine.

Le mystérieux allié qui venait de se révéler lui était complètement étranger; elle ne se souvenait point de l'avoir jamais vu. Pourtant elle se sentait agitée d'une émotion inconcevable... chose facile à comprendre: son cœur battait à se rompre lorsqu'elle songeait que le bonheur, la liberté, la vie étaient proches et que quelques heures seulement la séparaient de la délivrance!

Au milieu de ces pensées tumultueuses vint se mêler tout à coup un sentiment de crainte: sans doute il y aurait quelque nouvelle bataille, où son mari courrait risque d'être tué. En effet, ses ravisseurs formaient une bande d'au moins quatre-vingt guerriers valides et courageux; comment viendrait-on à bout de cette horde féroce alors qu'un seul allié s'était présenté pour la pauvre captive?...

Sans soupçonner les tempêtes de crainte, d'espoir, de découragement qui se disputaient l'esprit de leur prisonnière, les Sauvages levèrent leur camp et se préparèrent à continuer leur route. Au grand chagrin de Manonie, ils se disposèrent à quitter la vallée et s'enfoncèrent dans la montagne: bientôt leur caravane fut perdue au milieu d'un océan de vallées, du fond desquelles on distinguait difficilement la plaine par quelques échappées lointaines.

Cette journée fut rude pour Manonie: épuisée par les fatigues des courses précédentes, elle fut forcée de se reposer fréquemment. La marche des Sauvages en fut considérablement retardée; ils perdirent ainsi leur avance, ce qui les contraria d'une manière sensible. Bientôt leur mécontentement se trahit par des coups-d'œil irrités et des propos menaçants: Manonie les comprenait parfaitement, car elle n'avait point oublié l'idiôme Pawnie qui lui avait été familier durant sa jeunesse.

Une querelle ouverte ne tarda point à s'engager. Un des Sauvages reprocha avec aigreur à Wontum d'avoir engagé cette expédition dans un intérêt tout personnel, uniquement pour s'emparer de la squaw Face-Pâle, et de les avoir poussés à une bataille qui leur coûtait plus de cent hommes.