Le même orateur, s'adressant à ses autres compagnons, leur proposa de mettre à mort la femme blanche, pour terminer toute discussion à son sujet.—«Mieux vaut, dit-il, emporter son scalp que de laisser nos chevelures sur un nouveau champ de combat; elle ne sera jamais des nôtres, elle sera toujours une source de discorde.»

On agita ensuite la question relative au sort de l'enfant.

—Qu'il vive, continua l'orateur; il est si jeune qu'il oubliera sans doute ses parents, et pourra devenir un guerrier utile à la tribu. Quoique dans un âge tendre, il a fait preuve de courage; il sera peut-être un jour fameux sur le sentier de guerre.

La pauvre Manonie suivait cette discussion avec un intérêt anxieux qu'il est facile d'imaginer. A tout instant ses regards inquiets sondaient furtivement les environs pour tâcher de découvrir son mystérieux protecteur; mais il restait invisible comme s'il eut fait partie du monde des esprits.

Après avoir longuement discuté, les Sauvages prirent une résolution, qui, en lui laissant quelque répit, permettait à Manonie d'espérer encore. Ils décidèrent que, malgré son mariage avec un blanc, ils n'avaient pas le droit de la mettre à mort sans avoir consulté le grand chef de la tribu à laquelle la jeune femme avait appartenu, et sans avoir obtenu son assentiment. On la conduisait donc devant Nemona pour qu'il fut le juge suprême de son sort.

Le soleil allait disparaître de l'horizon lorsque Wontum donna le signal de faire halte pour procéder aux préparatifs de campement. La troupe sauvage s'installa en un grand cercle comme la nuit précédente. Au centre, on ébrancha deux jeunes sapins proches l'un de l'autre, on les lia par leurs cîmes de façon à ce qu'ils formâssent la charpente d'un wigwam; ensuite ils furent couverts de branches, de feuilles, de fougères et de mousses; ainsi arrangée cette tente offrait à Manonie un abri chaud et confortable.

Ce ne fut pas sans une curiosité inquiète que la jeune femme suivit de l'œil tous ces préparatifs. Mais elle ne s'en approcha pas; assise sur une roche élevée d'où sa vue pouvait dominer la plaine, elle regardait avec tristesse ce désert dont les limites allaient se confondre avec l'horizon, et qui dormait du sommeil profond de la solitude. A tout instant elle espérait voir surgir de quelque ravin une troupe armée; elle tendait l'oreille au moindre bruit, pensant que le pas des chevaux se ferait entendre sur les cailloux roulants de la montagne.....

Vain espoir! efforts inutiles! Les torrents lointains faisaient seuls entendre leurs sourds grondements: les cîmes d'arbustes seules, ondoyant au vent, apparaissaient seules entre les interstices des rochers noirs; et si quelque pas furtif troublait le morne silence, c'était celui du loup des prairies en route pour chercher pâture.

Au moment où elle s'y attendait le moins, Wontum vint la trouver et s'assit à côté d'elle sur le gazon. Il la regarda longtemps avec une fixité étrange; son visage avait une expression indéfinissable dont Manonie ne put s'expliquer la signification.

Enfin il lui adressa la parole en langage Pawnie entrecoupé de mauvais anglais: