A ce moment, Wontum entra dans la grotte avec une douzaine de Sauvages taillés en hercules. Il darda sur Quindaro ses yeux de reptile et lui dit:

—Ugh! vous avez tué trop d'Indiens. Il faut mourir comme un chien; mourir brûlé.

—J'entends!

—Brûler!

—Oui. J'ai parfaitement saisi votre intéressante conversation à mon égard. S'il ne s'agissait que de moi, je tiendrais peu à la vie.—Oui, Mary bien-aimée, poursuivit Quindaro en réponse au regard d'agonie que la jeune fille fixait sur lui, croyez bien que je veux vivre pour vous, pour nous deux. Nous verrons encore des jours de bonheur, de liberté, je vous le dis!

Wontum montra du doigt un feu brillant qui resplendissait à l'entrée de la grotte: à côté était un énorme amas de broussailles.

—Rôtir là! dit-il.

Quindaro comprit le projet des Sauvages. Ils se proposaient de clore la grotte par une barrière de flammes, et d'y faire consumer le prisonnier comme dans un four. Là, il serait réellement rôti vif: c'était une atroce perspective.

Une pensée de résignation amère traversa l'esprit du condamné...: si ces roches profondes devaient lui servir de tombeau, ne serait-ce pas, pour sa dépouille, après les dernières angoisses de l'agonie, un lieu de repos aussi tranquille qu'un autre. Personne ne viendrait y troubler ses cendres solitaires... peut-être serait-il permis à Mary de lui apporter un tribut de larmes,... si toutefois!...—Mais, quel serait le sort de la jeune fille?... Celui de Manonie et de son enfant?... La mort, la mort la plus cruelle, ne serait-elle pas préférable à l'existence que l'avenir leur réservait?...

Toutes ces idées déchirantes se succédèrent comme un tourbillon sombre dans l'esprit de Quindaro. Un frisson d'angoisse inexprimable agita tout son être en songeant à ces frêles créatures, si chères, si dignes de toute son affection, et qui allaient rester seules, victimes sacrifiées d'avance, sans protecteur, sans ami, sans espoir!...