Dans ce poste d'observation Quindaro était passablement en vue; trop même pour sa sûreté, car il entendit tout à coup à peu de distance le craquement d'une batterie de fusil. Prompt comme la pensée, le jeune homme plongea dans l'obscurité du ravin et se coucha par terre au moment où le coup partait sans l'atteindre.
Il se releva sans bruit; mais, à son premier mouvement, une forme sombre se dressa à côté de lui et un tomahawk siffla sur sa tête; un «plongeon» rapide le lui fit esquiver.
Heureusement pour lui, le rifle de son invisible adversaire n'était pas rechargé, car au lieu de recevoir une balle, comme il s'y attendait, le fugitif n'entendit que des pas précipités qui se mettaient à sa poursuite.
Au bout de quelques pas, Quindaro trébucha et tomba. Il avait donné dans une embuscade: un rapide coup-d'œil lui fit apercevoir des fantômes tapis ras de terre au milieu des buissons. A peine s'était-il relevé, agile comme une jeune panthère, que vingt mains vigoureuses le saisirent à l'improviste.
Sur le premier moment il lui fut impossible de reconnaître ceux au pouvoir desquels il venait de tomber. Étaient-ce des éclaireurs militaires, ou des Indiens? l'ombre était devenue si épaisse que tout était confusion et incertitude.
Quindaro avait toujours son costume Indien; par prudence il ne dit rien et évita soigneusement tout ce qui aurait pu le faire reconnaître; car si, par malheur, il était aux mains des Pawnies, son apparence indienne lui préparait une évasion plus facile.
Les hurlements diaboliques dont il fut salué le fixèrent bientôt sur la nationalité de ses ennemis: cependant les allures du jeune Blanc, son costume, sa prodigieuse agilité les dérouta au premier abord; ils le prirent pour un espion Sioux. Wontum, accompagné de quelques Pawnies étant survenu, fut reçu à coups de fusils et de tomahawks. Cependant les deux détachements ne tardèrent pas à se reconnaître, on cessa une lutte fratricide, et l'on s'occupa de Quindaro.
Mais, grâce au tumulte, il avait définitivement disparu; toutes les recherches furent inutiles: la partie était gagnée encore une fois par le Démon de la Montagne.
Wontum faillit en devenir fou de rage; il aurait volontiers massacré tous ceux qui l'entouraient.
Une diversion passablement désagréable vint le tirer de ses fureurs intérieures. Tout ce tumulte et la fusillade qui s'en était suivie avaient attiré l'attention des troupes en mouvement sur le bord de la rivière. Guidés par le bruit, l'éclair et la fumée des carabines, les artilleurs envoyèrent des volées de mitraille qui criblèrent les buissons où se tenait Wontum. Bientôt la place ne fut plus tenable pour les Peaux-Rouges; après avoir eu plusieurs hommes blessés, ils se décidèrent à la retraite, la rage dans le cœur, et revinrent annoncer à Nemona que l'évasion du prisonnier était un fait consommé.