—Mariami! fut-il répondu par la voix douce et gutturale d'une indienne.
—Par ma foi! les femmes sont d'étranges choses! s'écria Veghte en reconnaissant la jeune fille sauvage qu'il avait sauvée l'hiver précédent. Mais,… je vous croyais morte? ajouta-t-il.
Elle ne répondit rien, mais lui fit signe de le suivre. Il hésita un moment, plein de méfiance, car il savait les Indiens capables de toutes les ruses imaginables pour attirer les Blancs dans un piége et les y faire périr.
Enfin, la curiosité l'emporta; il ne pouvait admettre que cette gracieuse enfant fût capable de méditer une trahison, il accompagna la jeune fille.
Elle le conduisit sur la lisière du bois à peu de distance du rivage. Là il aperçut dans une dépression de terrain les cendres éteintes d'un feu de campement.
—Oh! oh! qu'est-ce? demanda-t-il avec un bond de surprise.
Apparemment elle ne pouvait parler anglais; mais elle eut recours à la pantomime. A ses allures, Basil reconnut qu'il n'y avait dans le voisinage aucun ennemi à craindre: ses défiances cessèrent, surtout lorsque son oreille et ses yeux vigilants eurent vérifié les alentours.
Après avoir fait comprendre par différents gestes qu'une troupe nombreuse avait bivouaqué en ce lieu, la nuit précédente, et ensuite avait gagné le lac, la jeune indienne étendit la main vers le fort, avec un mouvement d'alarme, et dit à voix Lasse:
—Injin! French! (Indiens! Français!)
Il n'en fallait pas davantage pour convaincre Basil de l'imminence des périls qui menaçaient Presqu'île: il hocha affirmativement la tête pour exprimer qu'il comprenait parfaitement.