—N'y a-t-il pas eu, au fort, une lumière allumée en réponse au signal donné sur le lac?

—Oui, et j'en ai été fort intrigué: qui a fait cela?

—Il serait fort important de le savoir!

—Où est Horace Johnson? demanda tout à coup le Forestier après quelques instants de réflexion.

—Dans son lit, d'où il n'a pas bougé depuis votre départ. J'ai eu l'œil sur lui: il n'est pour rien dans cette affaire.

—Le seul individu que je puisse suspecter alors, c'est le Suédois Altoff.

—Je ne le soupçonnerais pas non plus, celui-là; fit le commandant, fort occupé à lancer d'une façon nouvelle un petit caillou avec la pointe du pied.—Ah! j'y suis! reprit-il vivement: c'est votre gros Français du bord de l'eau, vous savez… celui qui se trouvait là en sentinelle, au moment de votre départ. Oui, c'est lui qui a fait ce coup là: ce n'est pas quelqu'un des nôtres, et j'en suis bien aise.

—Mais il me semblait que cette lumière apparaissait au belvédère du Fort, et non pas près du sol.

—Vous vous serez trompé: c'était si facile, la nuit, à une telle distance. Vraiment, je vous le répète, je suis bien soulagé de penser qu'il n'y a pas de traître parmi nous.

—Il est possible… il est possible… murmura le Forestier à demi convaincu. Ma foi, je commence à être de votre avis; car, tout bien réfléchi, ce grand pendard a fort bien pu monter sur le coteau qui domine la citadelle; dans ce cas, sa lumière se montrait précisément à la hauteur du belvédère.—Oui, c'est lui… surtout si vous êtes sûr et certain que Master Horace Johnson n'a pas quitté son lit.