—Je vous le garantis.
—Eh bien! Amen! n'en parlons plus; voilà une question vidée. Parlons maintenant de l'assaut qui ne va pas tarder et de nos moyens de défense.
Les deux amis s'avancèrent jusqu'au bord du lac et en sondèrent l'immensité avec des yeux dont l'inquiétude doublait la perspicacité.
La vaste nappe d'eau, calme et solitaire comme aux premiers jours de la création, roulait paisiblement ses flots bleus et limpides sous la fraîche brise du matin.
Toute créature humaine avait disparu de cette solitude murmurante; les premiers feux du soleil rayonnaient sur l'eau en flèches d'or, après avoir joué au travers des feuillages.
Dans ce désert tranquille, au milieu de cette nature splendide, sereine, à l'aspect virginal, qui donc aurait pu rêver aux combats, au sang, à l'incendie?… Il n'y avait plus ni Français ni Indiens; le ciel, le lac, la forêt échangeaient des sourires d'or, d'azur, d'émeraude; tout semblait en paix dans l'air, sur la terre et sur l'onde.
Et pourtant, lorsque le regard s'abaissait sur le sable humide du rivage, il découvrait les empreintes nombreuses des pieds furtifs qui avaient passé là pendant la nuit précédente.
Christie et Basil conversèrent longtemps à voix basse, se communiquant leurs projets, leurs craintes, leurs espérances…
L'honorable Johnson se montra à une heure convenable. Le sommeil de la fatigue et de l'innocence l'avait merveilleusement rafraîchi: il apparut plus jovial et plus souriant que jamais.
Après un déjeuner tout à fait confortable, auquel il fit le plus grand honneur, l'estimable Horace se décida au départ. On lui souhaita bon voyage; il souhaita à ses hôtes, paix et sérénité d'esprit. Bientôt il disparut dans l'épaisseur des bois, «où son intention était de faire un tour de chasse.»