—Que la peste puisse t'étouffer en route! on ne m'ôtera pas de l'esprit que tu joues un double jeu qui finira mal. Je te surveille, Master Horace Devilson (Fils de Diable).

Cette gracieuse apostrophe fut le dernier souhait qui accompagna le départ du sieur Johnson: elle lui était adressée par l'honnête Basil dont les idées prenaient une tournure mélancolique.

Il suivit d'un œil soupçonneux la marche de son ancien compagnon, jusqu'à ce qu'il eût disparu dans les profondeurs de la forêt; et, longtemps après l'avoir perdu de vue, il demeura immobile, rêveur, inquiet, méfiant de l'avenir.

L'apparition soudaine de la jeune et mystérieuse Indienne, et sa disparition non moins prompte, se mêlaient puissamment aux préoccupations du Forestier: jamais personne ne lui avait inspiré un pareil intérêt; jamais aucun autre incident de son existence si accidentée n'avait laissé une telle impression dans son esprit.

Une curiosité bien naturelle se mêlait à ces sentiments confus et tout nouveaux pour lui. D'où venait cette jeune fille? Par quel hasard étrange s'était-elle trouvée mêlée aux aventures de Basil; une première fois, en plein hiver, au milieu d'une nuit orageuse et glaciale; une seconde fois, sur le lac Érié, au milieu d'une autre nuit non moins mémorable?

Dans la première entrevue Basil lui avait sauvé la vie; dans la seconde elle lui avait rendu un service presque aussi important. Et néanmoins, elle était restée pour lui une inconnue, une vision fugitive, un rêve.

Tout était mystère autour du pauvre Veghte; Johnson, l'Indienne, le lac, le désert, la Block-House, les Français, les Sauvages, le passé, le présent, l'avenir!

Il y avait de quoi perdre la tête. Franchement, l'honnête Forestier se trouvait bien en peine, car les déductions psychologiques n'étaient pas son fort. Des coups de fusil, des cris de guerre, l'éclair des épées et des tomahawks auraient été bien mieux son affaire.

L'enseigne Christie vint le tirer du royaume des abstractions en causant avec lui de quelques plans nouveaux relatifs à la défense du fort.

A l'issue de leur conversation, Veghte fut invité par le commandant à pousser une reconnaissance dans les environs.