—Comprenez! je vous connais, de souvenir, pour vous avoir vu; tandis que vous… depuis une heure que vous me dévisagez, vous ne pouvez pas classer ma figure ni ma personne dans votre mémoire. Non! je ne vous ai pas dit vraiment comment je m'appelle…
Veghte faisait décidément mauvaise figure: pour prévenir l'explosion, l'étranger se hâta d'ajouter:
—Je vous ai un peu mystifié, Basil; mais c'est pour rire; voici mon vrai nom. Je suis Horace Johnson.
CHAPITRE II
UN CRI DE MORT
Ce nom n'était pas tout à fait inconnu à Veghte, mais, pour le moment, il lui aurait été impossible de se rappeler le lieu ni l'époque où il l'avait déjà entendu.
A la fin il crut se souvenir que le propriétaire de ce nom avait voyagé avec lui, deux ans auparavant, sur les bords du lac Saint-Clair, et qu'en cette circonstance, ayant été pourchassés par un détachement de Chippewas, ils avaient eu toutes les peines du monde à leur échapper.
—C'est bizarre que je ne vous aie pas reconnu! dit-il enfin en souriant et lui tendant la main; il me semblait bien que j'avais entendu votre voix et vu votre visage quelque part; mais, quand ma vie en aurait dépendu, je n'aurais pu dire où; pourquoi avez-vous tant tardé à vous faire connaître?
—Eh! je vous l'ai dit: histoire de rire! Je vous avais reconnu au premier coup-d'œil: je me suis amusé à me cacher le visage en commençant, et je vous ai ensuite montré ma figure fort adroitement lorsque j'ai allumé ma pipe; j'avais passablement envie de rire en examinant vos efforts pour me dévisager. A présent, voyons un peu! Il y a deux bonnes années que nous avons essuyé cette bousculade au bord du vieux lac Saint-Clair, n'est-ce pas? Ce fut alors notre dernière entrevue: qu'en dites-vous?
—Deux ans à l'automne passé. Vous avez considérablement changé depuis cette époque, Horace.
—Hélas, oui! sans plaisanter. Je n'en puis dire autant de vous; vous êtes toujours le même: toujours la même chevelure, toujours le même visage. Qu'êtes-vous donc devenu pendant tout ce temps?