—J'ai été beaucoup à Presqu'île; quoique depuis trois mois je sois absent du fort. J'ai passé un certain temps à Michilimakinuk, ensuite au fort Sandusky; puis, à Saint-Joseph; enfin à Ouatanon.
—Il est singulier que nous ne nous soyons pas rencontrés: j'ai fréquenté ces trois forts, surtout le Sandusky.
—Quand avez-vous quitté ce dernier poste?
—Vers le milieu d'octobre.
—Eh bien! moi j'y ai passé la première semaine de novembre. Vous avez pris plus de temps que moi pour faire le voyage.
—Ma foi! je n'étais pas pressé: j'ai marché à petites journées.
—Moi aussi: seulement, quand j'ai vu la tourmente qui se préparait, j'ai doublé le pas dans l'espoir d'arriver au fort cette nuit. Mais, le moyen de marcher!… quand il y a deux pieds de neige!
Les deux nouveaux amis se rassirent auprès du feu, et, commodément appuyés sur le coude, s'envoyèrent réciproquement d'énormes bouffées de fumée: la conversation continua, entremêlée d'un échange de regards curieux.
Par moments ils s'oubliaient dans une rêveuse contemplation de leur feu dont l'activité croissait avec la fureur de l'ouragan. Sur leurs têtes se balançaient mélancoliquement les gigantesques branches chargées de neige, déversant par intervalles de petites avalanches qui roulaient jusque dans le brasier.
—Encore un redoublement de neige! remarqua Johnson après avoir vainement essayé de sonder les ténèbres du regard. Encore quelques heures comme cela, et nous ne pourrons plus regagner le fort.